Conseil et Formation en management

Venise, modèle de management

La préparation, la formation de managers et dirigeants nécessitent parfois des détours pédagogiques pour prendre conscience de fondamentaux ou changer d'angle de vue. L'histoire permet ce décalage en mettant à notre disposition des réalisations et cheminements lourds d'expériences. Venise, civilisation de longue durée, est une illustration de création, de formation, d'action d'une classe dirigeante.

Nombreux sont les thèmes d'études. L'analogie va conduire à des allers retours entre l'histoire et notre époque :
• Rôle de pouvoir vs légitimité de création de richesse
• Initiative individuelle vs intérêt général
• Décision individuelle vs décision collective
• Organisation complexe vs réussite des projets
• Création d'élites dirigeantes vs cohésion sociale
Jean Grimaldi d'Esdra, directeur de Formadi, propose aux dirigeants de renouveler la gouvernance en s'inspirant de cet exemple emprunté à l'histoire européenne, afin de mieux affronter le contexte de défis permanents posés aux entreprises par la mondialisation et son corollaire de complexité. Pourtant, à l'origine, ni le milieu naturel hostile, ni le contexte historique marqué par l'effondrement de l'Empire Romain, les invasions barbares et l'essor de Byzance, ne prédisposaient Venise à son glorieux destin.
Mais ce sont justement ces conditions a priori handicapantes qui vont favoriser l'émergence d'un esprit collectif, animé par l'instinct de survie et un culte quasi religieux du bien commun.
Cette intelligence vénitienne va ainsi prioritairement s'exprimer par le développement de hautes compétences techniques absolument vitales pour la pérennité de la ville (hydrographie, navigation, construction navale, etc.).

Le dynamisme entrepreneurial vénitien

À cela s'ajoute une très fine analyse de la géopolitique de son temps mise au service d'un dynamisme entrepreneurial exacerbé par l'absence de terres fertiles, et qui conduira Venise à se placer (pour un temps) sous la tutelle protectrice de Byzance afin de commercer avec les nouveaux centres émergents de la richesse. Cette période originelle de la fondation de Venise, l'un des principaux moteurs de son exceptionnelle longévité (697-1797), pose une première analogie avec le domaine de la conduite des entreprises : «Quand on est trop confortable on ne crée jamais rien». L'adversité, la contrainte, voire la vulnérabilité, se révèlent dans bien des cas de puissants stimulants pour la créativité, l'innovation et la conquête de nouveaux marchés.
Au fil du temps, la communauté vénitienne va élaborer un système politique d'une complexité et d'une sophistication toutes byzantines. Venise va se doter d'un modèle original de mixité politique, qui combine l'élément «démocratique» (le Grand Conseil), l'élément aristocratique (le Sénat) et l'élément monarchique (le Doge). En optant pour ce mode de gouvernement collégial, qui privilégie la délibération et la recherche du consensus, la République de Venise éloigne définitivement le spectre de la tyrannie, et conforte son titre de Serenissima en se garantissant pratiquement six siècles de paix sociale et de stabilité politique (1170-1797). Cette allergie de Venise au narcissisme et à l'individualisme, qui l'a en quelque sorte immunisée contre la personnalisation du pouvoir et ses dérives autocratiques, interpelle nécessairement les praticiens de la gouvernance sur le fonctionnement des entreprises et les défauts d'un univers managérial. Univers « qui lui non plus ne manque pas de prime donne dans lequel la conduite des affaires, la prise de décision au quotidien et le maintien d'une vision à long terme se confondent trop souvent dans une seule et même fonction qui concentre les pouvoirs, au détriment de la décision collective ». Si la société vénitienne s'apparente à une architecture alliant l'audace et l'équilibre, sa classe patricienne en constitue assurément le ciment. Les patriciens forment une élite aristocratique de 1500 à 2500 membres inscrits sur le Livre d'Or de Venise, et parmi lesquels se recrute l'ensemble du  personnel politique. Eduqué selon des principes extrêmement rigoureux, notamment sur le plan de l'éthique et du sens de l'état, le patricien peut, en fin de carrière politique, être nommé à la magistrature suprême de Doge. Auparavant il aura eu l'occasion d'acquérir une grande polyvalence en se voyant confier, pour des périodes limitées, les charges publiques les plus diverses. Mais le patricien peut aussi être amené à troquer son habit de marchand ou de capitaine d'industrie pour l'uniforme de capitaine de vaisseau, car la défense de Venise n'a pas de prix. Mieux, le sacrifice de sa fortune ou de sa personne sont indissociablement liés aux devoirs que l'oligarchie s'impose à elle-même : depuis les temps des pères fondateurs, la sûreté et la puissance de la communauté ont toujours primé sur l'intérêt particulier. Le patricien considère que non seulement son statut n'est pas une rente, mais qu'en outre il faut s'en montrer digne pour mériter le respect des sujets de la République ! Ces valeurs furent mises à l'épreuve notamment en 1571, durant la bataille de Lépante contre la puissance ottomane qui marqua un coup d'arrêt de l'expansionnisme ottoman mais où de très nombreux vénitiens perdirent la vie.

Le sens de la collectivité

Le souci constant de l'intérêt général s'exprime également à travers la certitude que la création de richesse privée n'a de sens que si elle profite aussi à la collectivité. Concrètement, cela se traduit par un très haut niveau de redistribution : avec des salaires en moyenne plus élevés que dans le reste de l'Europe, d'excellentes conditions de vie et de logement pour tous, des investissements importants pour préserver l'activité et donc les emplois, ainsi que le financement d'équipement collectifs et d'œuvres d'art, sans oublier évidemment les fêtes qui ont fait la renommée de Venise.
Il va sans dire que cette puissante politique distributive favorise l'adhésion populaire au modèle vénitien, et contribue au maintien de la cohésion sociale. La participation des ouvriers de l'arsenal à la garde du Palais du Doge est sans doute l'illustration la plus emblématique de ce très fort sentiment d'appartenance.
Cependant, à un moment donné au cours du 17ème siècle, ce système va peu à peu se gripper, et la superbe mécanique vénitienne va finalement s'enrayer. L'élite entreprenante et sobre va progressivement céder la place à une caste dévitalisée d'un millier d'héritiers hédonistes et égoïstes, qui refusent de mettre des limites à leur suicidaire cupidité. Désormais incapable de se réformer, ce patriciat se fossilise en se repliant sur lui-même, alors qu'il aurait tout intérêt à s'ouvrir pour intégrer les talents en provenance des anciennes possessions vénitiennes conquises par l'ennemi ottoman.
Autant de sujets qui ont une résonance dans les débats actuels au cœur des entreprises, notamment sur les questions de renouvellement des dirigeants, de promotion interne, de rémunération des «top managers», de transmissions dans le cadre des entreprises familiales et bien sûr aussi des valeurs des entreprises. Venise s'est épuisée dans sa lutte contre l'empire ottoman. Épisode ultime de cette histoire de Venise, et non des moindres, la chute de la République, dont les circonstances sont très symptomatiques de son inéluctable déclin : lorsque le 12 mai 1797 elle se rend sans combattre au Général Bonaparte il y a déjà bien longtemps que les mercenaires étrangers ont remplacé les patriciens vénitiens. «De même, dans les entreprises, comme dans toutes les organisations, quand on se contente de contrôler le travail des autres au lieu de faire le job soi-même c'est généralement un mauvais présage», «Globalement on ne maîtrise plus la réalité vivante de la création de richesse, et si on perd la maîtrise de l'activité on finit par perdre l'activité elle-même !».
A l'ère de la mondialisation et de la diffusion des nouvelles technologies de l'information et de la communication, à l'heure de l'avènement des villes-mondes qui s'affranchissent des frontières des états-nations pour mieux conquérir et dominer le marché global, il est légitime de s'interroge sur l'équivalence pour l'époque actuelle de ce que fut la cité état de Venise, au centre d'une économie-monde durant le Moyen Âge et la Renaissance.

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