Monstres de mode

L'intéressant travail du collectif Atopos sur l'exposition "Argghhh – Monstres de Mode" présentée à la Gaîté lyrique jusqu'en avril a mis en lumière tout à la fois la fascination pour les créatures hybrides et les avatars, la défiance vis-à-vis de l'altérité, la surenchère des créateurs de mode et la non moins effrayante boulimie mimétique des fashion victims. La notion de monstres (de foire ?) reprend du service.

«La figure humaine tend à disparaître, elle est remplacée par un masque et souvent, ce n'est pas seulement le masque mais tout le corps qui est complètement changé : la forme, la dimension... l'humain, petit à petit, se mute et devient monstre, le corps devient hybride.» explique le collectif qui a rassemblé les œuvres d'une soixantaine de créateurs autour du thème du monstre. L'exposition exploite toute la mythologie, toutes les figures – squelettes, momies, fantômes, masques – toutes les déformations et excroissances imaginables. Les tissus se substituent à la peau ; les matières deviennent des prolongements du corps. Si les créateurs ont clairement pris un malin plaisir à laisser s'exprimer leur créativité et leur esprit critique, le spectateur est saisi par l'exercice de style. Car en effet, comme l'explique le collectif, la figure humaine a si bien disparu qu'un retournement s'opère : en l'absence de visages, face à tous ces monstres de mode, l'altérité – c'est-à-dire le visage de l'autre – apparaît comme le propre de l'humanité. On se tourne vers les autres visiteurs, rassurés.

Miroir de nos travers
Mais l'exercice n'est pas qu'une fantaisie d'artistes, c'est aussi le reflet d'une tendance forte. Comme à travers un miroir déformant, les 80 créatures rassemblées à la Gaité lyrique offrent une vision exacerbée des métamorphoses dont nous sommes les témoins (ou les acteurs) : des mannequins anorexiques qui n'ont plus de corps ; des femmes, mais aussi désormais quelques hommes, qui font disparaître leur visage sous la chirurgie esthétique ; des hommes, mais aussi désormais quelques femmes, qui se dissimulent derrière des tatouages envahissants. Depuis quelques années déjà, certains piercings opèrent également d'étranges mutations, faisant émerger de la peau des boulons, pas de vis et autres appendices métalliques. Et ce n'est sans doute pas un hasard que la mode se frotte ainsi à la notion de monstres (de foire ?) tant sont liés modes, nouvelles technologies et métamorphoses. L'exposition succédait du reste à une première invitation des monstres dans le temple de la culture numérique, en décembre 2011, avec un module "post digital monsters", lequel était déjà largement influencé par le phénomène du "character design" : s'habiller à la façon d'un personnage d'un personnage, et non d'une personne. Tout est là...