Jusqu‚Äôo√Ļ ira le progr√®s ?

L'intelligence artificielle (IA) est un leitmotiv de ces derni√®res ann√©es, pr√©sent dans la plupart des publications de prospective. Mais tr√®s peu envisage l'avanc√©e de ce ph√©nom√®ne dans tout sa perspective philosophique. L'ouvrage du philosophe Juan J. √Ālvarez donne en revanche des cl√©s int√©ressantes pour en saisir les enjeux.

L'ouvrage que vient de publier Juan J. √Ālvarez, docteur en philosophie, qui s'intitule "une approximation critique √† l'intelligence artificielle", passe au crible les implications de l'IA, quelles soient juridiques, politiques ou religieuses. Mais ce qui s'av√®re r√©ellement int√©ressant √† la lecture de cette critique de l'IA, ce sont toutes les objections que r√©pertorie Juan J. √Ālvarez, depuis l'apprentissage, la m√©moire, le langage, en passant par la conscience et le libre arbitre.

DOCTRINE DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Le professeur √Ālvarez cite la d√©finition de l'un des fondateurs de l'IA, Martin L. Minsky : l'IA serait l'art de construire des machines capables d'actions assimilables √† l'intelligence humaine. Selon √Ālvarez, il existe deux formes d'id√©ologies de l'intelligence artificielle : l'une, "pens√©e faible", qui se limite √† certaines cons√©quences pratiques de ces avanc√©es techniques ; et l'autre, une "pens√©e forte", qui d√©veloppe une cosmovision anthropologique autour du progr√®s technique. Dans cette perspective, l'IA trouve son fondement dans la philosophie m√©caniste, c'est-√†-dire une vision mat√©rialiste de l'humain semblable √† une sorte de "machine logique". Deux grandes √©coles de pens√©e d√©rivent de l'IA "pens√©e forte". Le mod√®le dit "traditionnel" identifie le cerveau humain √† un ordinateur super puissant et, √† l'oppos√©, le mod√®le "connexionniste" essaye de simuler artificiellement des r√©seaux neurologiques en copiant le fonctionnement biologique de notre cerveau.

LES OBJECTIONS À L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Il ne s'agit pas ici de prétendre résumer tous les arguments développés dans ce livre mais certains méritent d'être au moins cités. Par exemple, l'explosion combinatoire est l'une des principales problématiques de l'IA. En effet, la machine, pour chaque simple action, doit passer par une énorme quantité d'opérations. Si l'architecture de la programmation pourrait dans le futur optimiser ces processus, il n'en reste pas moins que l'intuition ou le simple "bon sens" sont des facultés humaines qui ne sont pas imitables mécaniquement. Cela pose également le problème de la pertinence de l'information : comment une machine pourrait sélectionner l'information nécessaire à chaque contexte sans compter sur l'expérience vitale ou les relations personnelles ?

APANAGE DE L'ÊTRE HUMAIN
L'auteur propose dans ce sens deux exemples clairs. Tout d'abord la traduction automatique. Celle-ci est très limitée car elle ne prend en compte ni le contexte, ni les subtilités. Il s'agit d'un simple assemblage mécanique. Vu depuis cette perspective, il ne parait pas réaliste d'imaginer une machine maniant le langage comme un être humain. Autre exemple : la mémoire.
Chez la personne, la mémoire n'est pas comparable à une simple base de données. En plus des informations assimilées, y sont mêlées des expériences de vie, des sensations et l'imagination. En définitive, la réflexion, les émotions seront toujours l'apanage de l'être humain et impossible à reproduire par ordinateur. Aproximación crítica a la inteligencia artificial. Claves filosóficas y prospectivas de futuro.
Juan J. √Ālvarez √Ālvarez. Collection Di√°logos/ Universit√© Francisco de
Vitoria-Madrid.