Le lien générationnel favorise la performance

Les exemples et les images de l'existence d'un lien générationnel entre deux athlètes ne sont pas rares. Ce lien semble même favoriser la performance du nouveau venu dans la compétition et son inscription dans l'histoire de sport. Et dans l'entreprise ?

Le champion olympique français d'équitation (P. Durand) qui à la fois va rendre visite au précédent champion olympique français (Pierre Jonquière d'Oriola) et qui reçoit un dollar porte-chance d'un champion olympique américain. Un champion olympique de perche (P. Quinon) qui la veille de son titre appelle en pleine nuit une gloire olympique comme Jean Claude Killy. Un autre champion de la même discipline qui court après le record d'une autre légende (S. Bubka) avec sa bénédiction. Le plus grand golfeur de tous les temps (J.Nicklaus) qui désigne nommément son successeur (Tiger Woods). Le nouveau champion olympique du 200 mètres nage libre (Y. Agnel) et le précédent (M. Phelps) qui devisent tranquillement à l'arrivée d'une course olympique dont le « jeune » est sorti vainqueur comme un passage de témoin. Autant d'exemples et d'images de l'existence d'un lien générationnel entre deux athlètes...

Dynamique initiatrice
La construction de ce lien semble s'appuyer sur un processus très spécifique et toujours unique. Il n'est jamais systématique, prévisible et obligatoire. Il procède de la démarche de celui qui est, qui a été ou qui sera. Nous pourrions parler de la construction d'un ADN générationnel qui serait la résultante de ce double choix. En effet, le lien générationnel est toujours une double reconnaissance car aucun champion ne peut se poser comme référence et aucun futur champion ne peut s'auto désigner comme successeur.
C'est aussi une démarche qui se rapproche d'une dynamique initiatrice. Il y a le maître qui adoube mais l'impétrant choisit son parrain. C'est dire si dans cet ADN générationnel, il se transmet toujours plus que de la motivation ou de la compétence. Le champion va se révéler à travers ce lien en y trouvant du sens et des valeurs. Il échange sur les conditions de réussite de son projet. Il y puise façon d'être et de devenir. Il y trouve confirmation de son idéal. Il renforce son processus identitaire de champion et d'homme.
La construction de ce lien si rare et pourtant si nécessaire doit nous interroger sur les conditions sociales de réalisation d'une mesure économique : le contrat de génération. Ces mesures pour les générations seront-elles imposées aux individus concernées – les jeunes comme les seniors, au nom des procédures administratives et fiscales ou serontelles l'occasion de construire à l'intérieur d'une entreprise la nouvelle richesse qui permettra de perdurer, et de donner un nouvel élan ?

Un processus de double construction
Les conditions de construction du binôme jeune-senior vont être déterminantes pour la réussite sociale de ce projet. Ce binôme doit procéder d'un double choix humain. Il implique que les deux acteurs souhaitent donner et recevoir. Car il s'agit davantage d'une double construction que d'une simple transmission. Ce projet doit s'appuyer sur une double implication et sur un double projet. En effet, nous imaginons toujours le lien générationnel de l'ancien vers le nouveau pour préparer le futur, mais il nous faut également l'imaginer du jeune vers l'ancien pour permettre à ce dernier de s'approprier ce futur en construction.
Le lien générationnel procède davantage de l'informel, de l'échange, de l'exemple et du mimétisme que d'une démarche formative structurée. Il s'appuie sur la double logique des acteurs et non sur une structure logique de contenus et de gestes. Ce lien doit être complémentaire d'une formation mais ne saurait la remplacer. Il contribue à garder l'unité, la cohérence et l'identité collective à travers l'évolution car il est porteur et créateur de sens et d'histoire. Le favoriser, c'est construire une opportunité sociétale et ne pas uniquement résoudre une difficulté économique.

Quand un fossé trop grand sépare deux générations, il y a toujours une génération qui se retrouve au fond du fossé- N. Rousseau